Table des matières
- Un Guide du Système Monétaire Kinesis
- Une idée ancienne dans un monde nouveau
- Pourquoi les Français sont de plus en plus nombreux à regarder au-delà des monnaies fiduciaires: la quête d’une monnaie Saine
- Or, le pet rock
- Qui bénéficie de l’expansion monétaire?
- Démocratiser l’accès aux métaux précieux
- Étalon-or 2.0: une monnaie saine pour l’ère numérique
- Pourquoi l’Allocated Bullion Exchange (ABX) est important
- L’or et l’argent peuvent-ils redevenir monnaie du quotidien?
Un Guide du Système Monétaire Kinesis
Kinesis Money est une plateforme monétaire adossée à de l’or et de l’argent physiques. Elle permet aux particuliers comme aux entreprises d’acheter, de détenir, de transférer, de dépenser et de recevoir des métaux précieux dans un environnement numérique.
Plutôt que de reposer sur des monnaies fiduciaires, la plateforme s’appuie sur deux tokens natifs: le KAU, qui représente un gramme d’or, et le KAG, qui correspond à une once d’argent. Selon sa documentation légale, chaque token donne droit à la propriété directe d’un métal physique entièrement alloué, conservé dans des coffres assurés et gérés de manière indépendante dans plusieurs grands centres mondiaux du commerce des métaux précieux. La correspondance entre les tokens et le métal physique est vérifiée deux fois par an par Bureau Veritas, organisme international spécialisé dans l’inspection et la certification.
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Cela étant précisé, explorons ce qu’est réellement le Système Monétaire Kinesis et comment il fonctionne.
Kinesis cherche à répondre à une question ancienne avec des outils nouveaux: les principes d’une monnaie solide peuvent-ils trouver leur place dans la finance numérique contemporaine?
Pour les Français, cette question mérite une attention particulière. La France entretient depuis longtemps une relation étroite avec l’épargne. Elle se manifeste aussi bien par un taux d’épargne élevé que par le succès durable de produits comme le Livret A, le LDDS et le LEP, mais aussi de l’assurance-vie et de l’immobilier physique. La recherche de stabilité patrimoniale n’est donc pas une préoccupation marginale : elle fait partie des habitudes économiques du pays.
Une idée ancienne dans un monde nouveau
L’idée d’utiliser les métaux précieux comme monnaie n’a évidemment rien de nouveau. En 1830, l’économiste britannique Nassau William Senior observait déjà que «la portabilité des métaux précieux et l’universalité de la demande qui en est faite font du monde commercial tout entier un seul pays, où le métal en lingots tient lieu de monnaie».
La langue française elle-même conserve la trace de cette histoire. Le mot argent vient du latin argentum, qui désignait le métal. Pendant des siècles, celui-ci a occupé une place centrale dans la frappe des pièces en Europe. Le français a ainsi conservé une ambiguïté révélatrice: le même mot désigne encore le métal et la monnaie. Lorsque l’on dit simplement j’ai de l’argent, cette histoire ancienne affleure toujours dans le langage courant.
Aujourd’hui, des tokens adossés à l’or, comme Pax Gold ou Tether Gold, sont principalement conçus comme des instruments d’investissement. Les KAU et KAG de Kinesis se présentent différemment: ils sont conçus pour fonctionner comme des monnaies numériques au sein d’un système monétaire plus vaste.
L’ambition est donc moins de numériser un placement que de donner aux métaux précieux une fonction qu’ils ont exercée pendant des siècles: celle de monnaie.
Pourquoi les Français sont de plus en plus nombreux à regarder au-delà des monnaies fiduciaires: la quête d’une monnaie Saine
«L’inflation, c’est de subventionner des dépenses qui ne rapportent rien avec de l’argent qui n’existe pas.» (Jacques Rueff, économiste, conseiller de confiance du président Charles de Gaulle, architecte du plan Pinay-Rueff de 1958 pour la stabilisation du franc)
Une monnaie devrait, en principe, conserver son pouvoir d’achat dans le temps. Or l’inflation réduit progressivement ce pouvoir d’achat lorsque les prix augmentent plus vite que les revenus ou l’épargne. Les monnaies fiduciaires offrent aux gouvernements et aux banques centrales une grande souplesse. En période de crise, cette capacité peut être précieuse. Mais cette même souplesse soulève une question de long terme: que se passe-t-il lorsque l’expansion monétaire devient durable et que la valeur réelle de la monnaie se dégrade ?
Les conséquences ne sont pas abstraites. Un retraité qui vit d’un revenu fixe peut voir son niveau de vie diminuer peu à peu. Un épargnant peut constater que ses placements progressent moins vite que les prix. Une petite entreprise — une boulangerie, une boucherie ou un café — peut, elle aussi, subir la hausse de ses coûts et voir ses marges se resserrer.
C’est dans ce contexte que certains cherchent une autre forme de réserve de valeur ou de moyen d’échange: une monnaie dont l’offre ne puisse pas être augmentée à volonté. C’est également l’une des caractéristiques qui avait rendu Bitcoin particulièrement séduisant à ses débuts, avant que l’actif ne soit surtout perçu comme un instrument d’investissement et de spéculation.
Or, le pet rock
Malheureusement, alors que les monnaies fiduciaires perdaient progressivement de leur pouvoir d’achat, l’or était de plus en plus relégué aux marges de la finance et du discours monétaire. Dans une chronique publiée en juillet 2015 dans le Wall Street Journal, le journaliste financier Jason Zweig a qualifié l’or de pet rock (caillou de compagnie) — une expression devenue emblématique d’une vision critique plus large de l’or en tant qu’investissement. Les conseillers en investissement et les analystes financiers partageaient, pour l’essentiel, le point de vue dédaigneux de Warren Buffett, selon laquelle «L’or est extrait de terre en Afrique, ou ailleurs. Ensuite, on le fait fondre, on creuse un autre trou, on l’enterre dans un coffre-fort et on paie des gens pour rester là à surveiller. Ça ne produit rien. Si quelqu’un nous observait depuis Mars, il penserait qu’on est fous.»
Mais la marginalisation de l’or est allée bien au-delà de son statut d’investissement. C’est surtout son rôle en tant que monnaie qui a été éliminé, aussi bien dans l’architecture du système monétaire moderne que dans le débat financier.
Avec le temps, l’idée s’est répandue, au point d’être presque tenue pour acquise, que l’or n’a plus aucune fonction monétaire dans l’économie contemporaine — J.M. Keynes qualifiait l’étalon-or déjà de relique barbare en 1923 dans son Tract on Monetary Reform. On le constate par exemple dans les forums internet consacrés à l’investissement, où l’or est presque toujours discuté dans la section des matières premières plutôt que dans celle réservée aux devises, comme si son histoire millénaire en tant que monnaie n’était plus guère qu’une curiosité historique. Emblématique à cet égard reste la célèbre réponse qu’apporta en 2011 l’ancien président de la Réserve fédérale Ben Bernanke lors d’une audition devant la Commission des services financiers de la Chambre des représentants: interrogé par le député Ron Paul sur les raisons pour lesquelles les banques centrales continuaient de détenir de l’or si celui-ci n’était plus de la monnaie, Bernanke répondit d’un seul mot: tradition.
Qui bénéficie de l’expansion monétaire?
À mon avis – peut-être en raison d’une sorte d’effet Cantillon, selon lequel les flux de monnaie nouvelle profitent d’abord à ceux qui la reçoivent les premiers – l’abandon du lien entre la monnaie et l’or a bien davantage favorisé le secteur financier que le citoyen ordinaire.
Je crois aussi que l’expansion continue de la masse monétaire offre aux investisseurs les plus avertis des avantages structurels par rapport aux gens ordinaires. Les premiers disposent en effet de meilleures informations, de compétences spécialisées et d’un accès à des instruments financiers qui restent largement méconnus ou inaccessibles pour l’épargnant moyen – et plus encore pour ceux qui sont exclus ou seulement partiellement intégrés dans le système bancaire: selon une étude de la plateforme britannique de recherche Merchant Machine, dans des pays comme le Maroc, le Vietnam, l’Égypte, les Philippines, le Mexique, le Nigeria, le Pérou, la Colombie et l’Indonésie, plus de 50 % de la population n’était toujours pas bancarisée en 2020.

Enfin, je suis d’avis que la dévaluation monétaire due à la création excessive de monnaie pénalise tout particulièrement les familles à faibles revenus parce que leurs marges d’épargne sont si réduites qu’elles disposent rarement des ressources économiques et de la liquidité nécessaires pour investir de manière efficace.
Démocratiser l’accès aux métaux précieux
Dans certains pays, acheter de l’or ou de l’argent physique est relativement simple. Dans beaucoup d’autres, le marché de détail est moins développé et offre peu de solutions accessibles aux particuliers. Même lorsqu’un marché existe, l’achat de métaux physiques demande davantage de démarches que l’ouverture d’un livret d’épargne ou l’achat d’un ETF. Il faut choisir entre pièces et lingots, déterminer le format, organiser le transport, vérifier l’authenticité, assurer le métal et surtout trouver un endroit où le conserver en sécurité.
L’adage If you don’t hold it, you don’t own it — «si vous ne le détenez pas physiquement, vous n’en êtes pas vraiment propriétaire» — est très répandu parmi les investisseurs retail en métaux précieux. Il correspond pourtant surtout à la situation de personnes vivant dans des pays stables, disposant d’un logement sécurisé et pouvant envisager de conserver de l’or chez elles. Pour des millions d’autres personnes, les risques liés à la sécurité, au logement, à l’instabilité politique ou à la protection juridique rendent cette solution beaucoup moins évidente. Le principe devient également plus difficile à appliquer lorsqu’il s’agit de propriété institutionnelle. Un fonds de pension peut détenir de l’or physique alloué sans que personne ne s’attende à ce que le métal soit entreposé dans les bureaux du fonds.
Des plateformes comme Kinesis éliminent un grand nombre de ces obstacles. Il permet de détenir de l’or et de l’argent physiques alloués simplement avec un smartphone et une connexion internet, un peu comme Lydia a simplifié les paiements du quotidien pour de nombreux Français. En France, pays traditionnellement attaché à l’épargne et à la transmission patrimoniale, cette approche répond à une préoccupation réelle face à l’inflation (comme le souligne le rapport annuel 2023 de la Banque de France, qui qualifie l’inflation de « grande préoccupation des citoyens français »). Via le Kinesis Exchange, les utilisateurs peuvent acheter et vendre des métaux précieux aux prix du marché de gros, avec des écarts d’achat et de vente compétitifs.
L’un des vrais avantages est que l’argent investi n’est plus bloqué. Contrairement à l’or physique traditionnel, les utilisateurs peuvent utiliser leur patrimoine quand ils en ont besoin, tout en conservant les bénéfices liés aux métaux précieux. Cette accessibilité est renforcée par la grande divisibilité des KAU et KAG: il est possible d’acheter ou de vendre des quantités très petites, jusqu’à 0,00001 gramme d’or ou 0,00001 once d’argent. Cela ouvre la porte à ceux qui ne disposent que de petits montants.
En définitive, ce que plateformes comme Kinesis propose dans l’univers des métaux précieux rappelle ce que le mobile banking a apporté à l’inclusion financière dans les pays émergents, comme par exemple avec M-Pesa en Afrique de l’Est. Il devient possible d’acheter, de vendre et d’utiliser de l’or et de l’argent physiques sans jamais avoir à se rendre chez un négociant ou dans un coffre-fort.
Étalon-or 2.0: une monnaie saine pour l’ère numérique
La détention d’or physique reste importante dans cette conception, mais l’ambition de Kinesis va plus loin. Tout comme les solutions de paiement numérique ont simplifié certaines opérations quotidiennes, Kinesis cherche à rendre une monnaie adossée à des actifs tangibles utilisable dans la vie courante.
Avec ses portefeuilles numériques, la plateforme permet d’effectuer des transferts internationaux de KAU et de KAG. Sa carte convertit les métaux en devise locale au moment du paiement, permettant aux utilisateurs de dépenser leur solde auprès de commerçants. Les entreprises peuvent également accepter des paiements en or et en argent grâce à Kinesis Pay. L’objectif est donc plus ambitieux que la simple création d’un actif numérique: il s’agit de redonner à l’or et à l’argent une fonction monétaire, et non de les considérer uniquement comme des placements.
Le scepticisme à l’égard de cette idée n’a toutefois rien d’inhabituel. Les innovations monétaires et financières ont souvent suscité des réticences lorsqu’elles sont apparues: lorsque les cartes de crédit ont commencé à se diffuser, certains se demandaient qui accepterait de confier son argent à un simple morceau de plastique; la banque en ligne a rencontré le même type de résistance : beaucoup imaginaient difficilement pouvoir gérer leur épargne sur Internet sans passer par leur agence. Ces deux innovations sont pourtant devenues banales.
«L’étalon-or permet de soustraire le pouvoir d’achat de la monnaie aux ambitions et aux doctrines changeantes des partis politiques et des groupes de pression. Ce n’est pas un défaut de l’étalon-or, c’est au contraire sa plus grande vertu. […] L’étalon-or retire à la classe politique le pouvoir de manipuler la valeur de la monnaie. Son acceptation par le plus grand nombre exige la reconnaissance de cette vérité: on ne peut pas enrichir la population dans son ensemble en imprimant de l’argent. L’horreur que suscite l’étalon-or chez ses ennemis résulte de la croyance superstitieuse selon laquelle des gouvernements omnipotents pourraient créer de la richesse à partir de petits morceaux de papier.» (Ludwig von Mises, L’Action humaine (1949))
Le principe d’une monnaie liée à l’or, lui, est beaucoup plus ancien. Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, l’étalon-or reposait sur un système dans lequel les monnaies étaient directement liées à une quantité déterminée d’or. L’expression «étalon-or 2.0» est donc compréhensible pour décrire certaines initiatives contemporaines. Dans le cas de Kinesis, elle mérite cependant d’être nuancée. Il serait plus exact de parler de système monétaire aurifère.
L’étalon-or historique impliquait notamment qu’une banque centrale s’engage à convertir la monnaie papier en or à un taux déterminé. Un système privé et décentralisé comme Kinesis relève d’une logique différente. La différence essentielle tient aussi au caractère volontaire de l’adhésion. Personne n’est contraint d’abandonner les monnaies fiduciaires. Chacun peut choisir d’utiliser des métaux précieux ou de rester dans le système monétaire traditionnel. C’est cette possibilité de choix — et la concurrence monétaire qu’elle implique — qui rend le phénomène intéressant.
En France, Veracash constitue un autre exemple de cette approche: détenir, dépenser et investir dans des métaux précieux physiques au moyen d’outils numériques.

Pourquoi l’Allocated Bullion Exchange (ABX) est important
L’infrastructure physique qui se trouve derrière un système numérique de ce type est naturellement déterminante. Kinesis s’appuie sur l’Allocated Bullion Exchange, ou ABX, une plateforme institutionnelle spécialisée dans le négoce et le stockage de métaux précieux physiques. Lancée en 2011 et pleinement opérationnelle depuis 2016, elle fournit une infrastructure sur laquelle repose une partie du fonctionnement de Kinesis.
Pour l’utilisateur, l’essentiel n’est pas nécessairement de connaître chacun des rouages de cette infrastructure, mais de comprendre qu’il existe derrière le portefeuille numérique un réseau physique de conservation et de logistique: l’ABX travaille notamment avec des acteurs comme Malca-Amit, Armaguard et Loomis International. Ces partenaires donnent accès à des installations professionnelles et assurées, réparties dans plusieurs régions du monde. Le système comprend également les mécanismes nécessaires à l’enregistrement de la propriété, aux rapprochements et aux audits indépendants. C’est dans ce cadre que les audits réalisés par Bureau Veritas sur le métal qui sous-tend les KAU et KAG peuvent être effectués régulièrement.
L’or et l’argent peuvent-ils redevenir monnaie du quotidien?
Les critiques de l’idée de faire à nouveau de l’or une monnaie soutiennent que les systèmes adossés à l’or ne peuvent pas concurrencer les réseaux de monnaies fiduciaires déjà établis. Les monnaies nationales sont profondément ancrées dans les lois, les impôts, les contrats, les salaires et la vie quotidienne, tandis que le dollar américain domine les transactions transfrontalières.
Dans la communauté des investisseurs en métaux précieux physiques, l’idée de revenir à un système adossé à l’or fait largement consensus. Cette conviction s’accompagne cependant souvent d’une forte méfiance envers tout ce qui est numérique, nourrie par les turbulences des cryptomonnaies. On rencontre fréquemment une vision nostalgique qui voudrait reproduire presque à l’identique les systèmes de paiement de l’époque de l’étalon-or, comme si l’économie actuelle n’avait pas profondément changé.
Dans les cercles des cryptomonnaies, beaucoup considèrent la nature physique de l’or elle-même comme un défaut—un défaut qui condamne toute chance réelle qu’il retrouve un rôle monétaire à l’ère numérique.
La question centrale reste donc: l’or et l’argent peuvent-ils fonctionner à nouveau comme monnaie dans des économies construites autour des paiements numériques?